|
Etrangeté perpétuelle. Aucun objet ne peut prétendre à pareille célébrité. Chaque jour, plus de vingt mille visiteurs défilent devant ce panneau de 77 cm sur 53. Le Louvre est le seul endroit où des millions de personnes viennent pour contempler une oeuvre d'art. Si son traitement a contribué à révolutionner le portrait de la Renaissance, la Joconde n'est pourtant pas le plus beau tableau au monde, ni même au Louvre. Mais elle attire par sa subtilité infinie dans le modelé et sa perpétuelle étrangeté. Si Léonard reprend des formes déjà présentes dans la peinture florentine, son personnage s'adresse directement au spectateur, «sortant» littéralement du tableau. Elle a aussi été l'héroïne d'accidents historiques qui ont contribué à une incroyable mythologie. Biographe de la Renaissance, Vasari en faisait déjà l'éloge du vivant de Léonard, alors que celui-ci avait gagné la France. L'écrivain n'a pas pu voir le tableau, mais cela ne l'empêchait pas de louer «une exécution à faire trembler et reculer l'artiste le plus habile du monde».
La Joconde a été copiée une soixantaine de fois, avec un regain de succès au XXe siècle. Prix de sa célébrité, les facéties les plus diverses ont été inventées sur le compte d'un portrait dont l'histoire est pourtant remarquablement documentée. Léonard a d'abord travaillé quatre ans sur cette peinture, qu'il n'a jamais livrée à son commanditaire, préférant la garder à ses côtés. Appelé par François Ier à la cour de France, il l'a emportée avec lui. Le roi a fini par l'acheter, sans doute peu avant la mort de l'artiste.
|
|