VERSION (LICENCE)

   RETOUR

   The waitress had a black dress and a white cap and eyebrows plucked to thin curves, and a red mouth shiny as jam. She called my father Captain Chase and he called her Agnes. By this, and by the way he leaned his elbows on the table, I realized he must already be familiar with this place.

   Agnes said was this his little girl, and how sweet; she threw me a glance of dislike. She brought him his coffee almost immediately, wobbling a little on her high heels, and when she set it down she touched his hand briefly. (I took note of this touch, though I could not yet interpret it.) Then she brought the soda for me, in a cone-shaped glass like a dunce cap upside down; it came with two straws. The bubbles went up my nose and made my eyes water. [...]

   He smiled at me, and asked if I was enjoying my soda. After that he was silent and thoughtful. Then he took a cigarette out of the silver case he always carried, and lit it, and blew out smoke. "If anything happens," he said finally, "you must promise to look after Laura."

   I nodded solemnly. What was anything? What could happen? I dreaded some piece of bad news, though I couldn't have put a name to it. Maybe he might be going away - going overseas. Stories of the war had not been lost on me. However he did not explain further.

   "Shake hands on it?" he said. We reached our hands across the table; his was hard and dry, like a leather suitcase handle. His one blue eye assessed me, as if speculating about whether I could be depended on. I lifted my chin, straightened my shoulders. I wanted desperately to deserve his good opinion.

Margaret Atwood, The Blind Asssassin (2001)

  CORRECTION:

   La serveuse portait une robe noire et une casquette blanche et ses sourcils épilés se réduisaient à une fine courbe, et ses lèvres rouges brillaient comme de la confiture. Elle appela son père Captain Chase et il l'appela Agnes. De cette manière et à la façon dont il s'accoudait, je compris que c'était un habitué des lieux.

   Agnes demanda s'il s'agissait là de sa petite fille, et dit combien c'était adorable; elle me lança un regard peu amical. Elle lui apporta son café presque immédiatement, vacillant un peu sur ses talons hauts, et quand elle le posa, elle lui effleura la main un bref instant. (Je pris note de ce geste, bien que je ne pusse l'interpréter.) Puis elle m'apporta mon soda servi dans un verre en forme de cône ressemblant à un bonnet d'âne à l'envers; il était servi avec deux pailles. Les bulles me remontaient dans le nez et me firent monter les larmes aux yeux. [...]

   Il m'adressa un sourire et me demanda si j'appréciais mon soda. Après cela il resta silencieux et pensif. Puis il prit une cigarette dans l'étui en argent qu'il portait sur lui en permanence, l'alluma, et rejeta une bouffée. "Si jamais il arrive quelque chose" dit-il enfin, "tu dois me promettre de t'occuper de Laura".

   J'acquiesçai d'un air solennel. Que voulait dire "quelque chose"? Que pouvait-il arriver? Je redoutais quelques mauvaises nouvelles, sans pouvoir pourtant mettre un nom dessus. Peut-être allait-il partir outre-mer. Des histoires de la guerre n'étaient pas tombées dans l'oreille d'une sourde. Cependant il ne fournit pas d'explications supplémentaires.

   "Serrons nous la main pour sceller notre accord" dit-il. Nos mains se joignirent par-dessus la table. La sienne était dure et sèche, comme la poignée d'une valise en cuir. Son unique oeil bleu me jugea, comme s'il pesait le pour et le contre pour savoir si l'on pouvait compter sur moi. Je relevai le menton, redressai les épaules. Je désirais désespérément mériter son estime.