Les îles Anglo-Normandes

A
l'époque gallo-romaine, Guernesey, Sercq et Herm ne formaient qu'une
seule et même île. Il existait également une autre île
au sud Jersey, encore visible aujourd'hui à marée basse par ses
collines rocheuses formant le plateau des Minquiers. Jersey, Aurigny, les Ecréhou
et Chausey faisaient partie du continent. Une voie romaine fut aménagée
entre Aurigny et La Hague, une autre entre Jersey et Portbail. Autrefois, une
grande forêt appelée Désert de Scissy s'étendait
de Chausey à la baie du Mont Saint Michel. Une vieille tradition normande
raconte qu'une nuit du mois de mars de l'an 709, un violent raz de marée
ravagea les côtes Normandes occidentales et les côtes nord de la
Bretagne. La forêt fut engloutie, le Mont Saint Michel isolé, des
villages et pâturages noyés. Jersey, Aurigny, Chausey, les Ecréhou
devinrent des îles. Guernesey, Herm, Sercq se séparèrent.
Au cours des siècles qui suivirent, la mer continua de grignoter lentement
le littoral pour lui donner son aspect actuel.

Peuplées depuis le fond des âges (250 000 ans avant notre ère), ces terres furent conquises par les Romains au début de notre ère, évangélisées par Saint Helier au VIe siècle, "visitées" par les Vikings puis annexées par les Normands en 933. En 1066, Guillaume le Conquérant duc de Normandie, devient roi d'Angleterre. Les îles deviennent anglo-normandes. Le premier château (château du Roi renommé par la suite Castle Cornet) est construit à Guernesey en 1204 lorsque Jean-sans-terre perd le duché de Normandie au profit du roi de France. Les îles restent fidèles à leur duc... le roi d'Angleterre. Au XIIIe et XIVe siècles les îles subissent plusieurs attaques et occupations françaises. Au XVIIIe siècle, les français menacent de nouveau les îles... des tours de défense sont érigées. Celles-ci sont complétées au XIXe siècle par de nouvelles fortifications. En 1940 l'armée allemande occupe les îles et construit de nombreux ouvrages défensifs tournés cette fois vers l'Angleterre. Les îles ne sont libérées qu'après la signature de l'armistice mettant fin aux hostilités de la Seconde Guerre mondiale : le 9 mai 1945.

Le parler Normand, issu du parler roman du XIe siècle et fort proche de la langue de la Chanson de Roland, resta la langue naturelle des îles jusqu'au début du XXe siècle. C'est la raison pour laquelle, de nombreux lieux et villages y conservent encore aujourd'hui leurs noms français. Le développement des relations commerciales avec l'Angleterre introduisit l'anglais dans les îles. Lors de la Première Guerre mondiale, de nombreux insulaires servirent dans l'armée britannique, et s'habituèrent à parler anglais. En 1940, beaucoup d'entre eux furent évacués et dispersés dans diverses régions de l'Angleterre et apprirent l'anglais. L'afflux de touristes anglais, la radio, le commerce, l'éducation, eurent raison du patois Normand longtemps préservé. Comme dans le Cotentin, seules quelques personnes, accrochées à leurs traditions, patoisent encore parfois entre eux.
De
par leur passé, les îles anglo-normandes, bien que britanniques,
n'appartiennent pas au Royaume-Uni. Les insulaires ne reconnaissent leur souverain
qu'au travers du titre de duc de Normandie et considèrent les Anglais
comme des "étrangers". Ainsi, les îles promulguent leurs
propres lois datant parfois des us et coutumes médiévales. Les
bailliages de Jersey et de Guernesey éditent leur propres timbres, possèdent
une monnaie indépendante. Le système fiscal de Jersey, en fait
une des plus importantes places financières mondiale : il n'y a pas de
taxes fiscales, juste un impôt de 20% sur les revenus. Ce paradis qui
n'adhère pas à la C.E.E. attire de nombreux capitaux, sociétés
et milliardaires. L'agriculture et surtout le tourisme jouent également
un rôle important dans l'économie de ces îles. Elles représentent
pour les Anglais une sorte de "côte d'Azur".

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