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Henri DUNANT
Fondateur de la Croix Rouge

Aîné de cinq enfants, Jean-Henry DUNANT est né à Genève le 8 mai 1828 dans une vieille famille bourgeoise appartenant à la classe dirigeante. Son père, Jean-Jacques DUNANT, membre du Conseil représentatif, faisait partie de la Chambre des Tutelles, chargée de la surveillance et de la protection des orphelins. Sa mère était Anna-Antoinette COLLADON, sœur du grand physicien Daniel COLLADON.

Encore écolier, Henry DUNANT se fait recevoir dans une société philanthropique qui se donnait pour tâche de secourir les vieillards, les malades et les détenus. Il est également l'initiateur des réunions préparatoires de l'Union Chrétienne des jeunes gens de Genève, qui deviendra un peu plus tard le centre d'une vaste organisation universelle, à laquelle son nom reste étroitement asso­cié et qui fut fondée en 1851. Elle devait lui fournir aussi l'occasion d'un excellent apprentissage de la vie internationale. Car, pendant quelques années, il en est un des principaux agents itinérants, voyageant pour elle en France, en Belgique et en Hollande.

Après un apprentissage dans plusieurs banques de la haute ville, Henry DUNANT entre au service de la
Compagnie des Colonies suisses de SETIF. En 1853, il parvient à se faire octroyer une con­cession particulière, celle des Moulins de Mons-Djémilla, dans la province de Constantine, ce qui l'amène à fonder une société par actions. Les impressions et les observations qu'il a pu recueillir durant son séjour dans ces pays neufs sont publiées dans sa " Notice sur la Régence de Tunis,, ouvrage qui reçoit le meilleur accueil des cercles compétents et lui vaudra son adhésion à plusieurs sociétés savantes. En novembre 1859, il est reçu membre correspondant de la Société d'Ethno­graphie de Paris.

En 1858 DUNANT qui avait quitté la Compagnie des Colonies suisses de Sétif, fonde pour son propre compte une " Compagnie Financière et Industrielle ,, pour l'achat de terres et la construc­tion de moulins. DUNANT tient beaucoup à intéresser l'Empereur NAPOLEON III à son entre­prise. Or, celui-ci se trouve à ce moment-là en Haute Italie à la tête des armées françaises et ita­liennes luttant contre les troupes autrichiennes. DUNANT décide d'aller trouver l'Empereur pour lui demander l'autorisation de publier sa brochure : "
Empire de Charlemagne rétabli ou le Saint-­Empire romain reconstitué par sa Majesté Napoléon III

A la recherche du souverain, DUNANT arrive le 24 juin 1859 dans la ville de Castiglione qui se trouve à 5 km du champ de bataille de SOLFERINO. Il assiste à cette sanglante bataille profon­dément ému à la vue de ce spectacle tragique. Dans l'église de Castiglione, il voit la masse des bles­sés et des mourants qu'on y a entassés sans soins et qui gisent abandonnés faute d'ambulances, de médecins, d'infirmiers en nombre suffisant. C'est alors qu'il oublie le but de son voyage et qu'ai­dé de touristes de passage et de quelques femmes du pays, DUNANT organise les secours, fait ap­porter du linge, de l'eau, lave les plaies, donne à boire à tous ces malheureux. Il utilise en outre les services de quelques médecins autrichiens, prisonniers de guerre.

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Sous le coup de l'émotion, DUNANT dénonce l'insuffisance de l'administration militaire : il lance de tous côtés des appels; au général de BEAUFORT, son introducteur auprès de MAC MAHON à la Comtesse Agéno de GASPARIN, etc....
Au milieu de ses entreprises financières toujours plus absorbantes, plus étendues, plus enchevêtrées, la vision, le bouleversement, le choc de Solferino ne cessent d'agir sur son esprit. Que ce soit à Paris ou à Genève, il en entretient tout le monde. Mais cela ne suffit pas. Il faut encore un témoignage retentissant qui ralliera toutes les bonnes volontés autour d'une idée simple et pratique. Ce témoignage"
Un Souvenir de Solferino ,, parut en 1862. " C'est plus beau qu'Homère, plus beau que la retraite des dix mille, plus beau que tout ,, écrivaient les frères GONCOURT dans leur journal. Cet ouvrage ne contient pas seulement un récit de la bataille mais encore des propositions d'ordre pratique. Il propose la formation dans chaque pays de Sociétés de Secours dont le but serait, en temps de guerre, de faire donner des soins aux blessés. Elles seraient composées de volontaires dévoués et qualifiés pour une telle oeuvre. Il s'agit donc de former des" Infirmiers volontaires ,, qui relèveraient les blessés sur le champ de bataille et leur prodigueraient les premiers secours matériels et moraux. On améliorerait également le matériel sanitaire, et particulièrement les moyens pour transporter les blessés. Enfin, DUNANT propose la réunion d'un congrès dans le but de discuter des principes internationaux. Ces principes fourniraient une base juridique à l'action des Sociétés de Secours.
La réalisation pratique de ces propositions impliquait évidemment le concours de nombreux adhérents. Car, à lui seul, DUNANT ne peut accomplir davantage. A Genève, au sein de la Société d'utilité publique, un comité de 5 personnes s'est constitué pour étudier ses propositions; le général DUFOUR, le docteur APPIA, le docteur MAUNOIR et le juriste MOYNIER. Tandis que ceux-ci délibèrent, DUNANT parcourt les capitales, remet aux monarques " Un Souvenir de Solferino" et s'efforce de provoquer un mouvement d'opinion.

En 1863, a lieu à BERLIN un congrès de statistique, composé en grande partie de médecins militaires. DUNANT s'y rend muni d'une circulaire invitant les membres du congrès à une conférence internationale qui se tiendra à Genève au mois d'octobre. En tait, son voyage à Berlin a eu de beaucoup plus grandes conséquences. Avec un officier de santé de l'armée hollandaise, M. BASTING, il lance un nouvel appel, la "
Circulaire de Berlin,, du 15septembre 1863. qui comprend un article prévoyant la neutralisation des services sanitaires. Il est incontestable que cette circulaire, due à l'initiative personnelle de DUNANT et de BASTING, a changé le caractère de la conférence d'octobre en préparant la voie des réalisations futures.

La
Conférence Internationale qui a lieu à Genève le 25 octobre 1863 réunit les délégués de 16 gouvernements. Au point de vue juridique, elle est surtout l'œuvre de MOYNIER et reflète la circulaire de Berlin rédigée par DUNANT et BASTING.

Un an plus tard, le Conseil fédéral Suisse convoque une conférence diplomatique qui aboutit à la signature de la "
première Convention de Genève du 22août 1864 pour l'amélioration du sort des militaires blessés dans les armées en campagne,, qui fut successivement ratifiée par 52 états. Elle posa en principe la neutralisation des ambulances, des hôpitaux militaires et de leur personnel, la faculté pour celui-ci de rejoindre le corps militaire auquel il appartient. Elle prévoit que les habitants du pays pourront librement porter secours aux blessés, stipule l'égalité de traitement des militaires blessés et des malades de quelque nation qu'ils appartiennent. La conférence décide en outre que le signe distinctif du personnel et des installations placées sous la protection de la Convention serait, en invertissant les couleurs de l'emblème de la Suisse, la croix rouge sur fond blanc.

Déjà en mai 1864, DUNANT manifeste le désir de se retirer du Comité International comme en témoigne Sa lettre à MOYNIER du 29 mai 1864. Sur les instances de ce dernier, DUNANT retire sa démission : dès ce moment néanmoins il cesse de jouer le rôle important dans le Comité International. Au congrès qui se réunit en août 1864 pour arrêter les termes de la Convention de Genève, dont la présidence échoit au général DUFOUR et ou MOYNIER représente la Suisse, l'auteur du " Souvenir de Solferino,, n'aura d'autre fonction que celle de Maître des Cérémonies. C'est peu pour celui qui finalement a réussi à réunir le congrès; mais cela est suffisant pour celui qui se sent plus propre à l'apostolat qu'au travail juridique. Mais en 1867, en suite de graves ennuis financiers, DUNANT est contraint de quitter Genève ce qui met un terme à Sa collaboration avec le Comité International.
Malgré la situation matérielle fort compromise, DUNANT continue à consacrer sa vie aux problèmes humanitaires.
En 1872, il créa à PARIS une " Alliance universelle de l'Ordre et de la Civilisation ,, ayant pour but de " favoriser par tous les moyens possibles les progrès réguliers de la civilisation et chercher à entretenir la conservation de la paix politique et de la paix sociale,,. Mais le programme de l'Alliance universelle était évidemment trop vaste pour être suivi de réalisations pratiques. D'autres problèmes le préoccupant aussi le sort des nègres; une action en faveur des sinistrés du Midi de la France, victimes d'une désastreuse inondation qui suscite un grand mouvement de solidarité européenne. Tous ces faits l'inclinent à reprendre son ancien projet d'une Croix-Rouge de Paix.
On ne possède pas de renseignements sur l'activité de DUNANT de 1875 à 1887; il semble qu'il ait vécu, durant cette période, dans une misère profonde à Paris et à Londres.
Caché aux yeux du monde, DUNANT vit dans l'oubli jusqu'au jour où il est recueilli à l'hôpital de HEIDEN dans le canton d'Appenzell. C'est là que l'a fait entrer en 1892, moyennant une pension de 3 francs par jour, la bonté d'un médecin suisse-allemand le docteur ALTHERR. Une petite pension que lui sert sa
famille à Genève lui assure alors une modeste existence. Il retrouve son ardeur au travail et collabore à l'œuvre de la Société de la Croix-Rouge à Heiden.

Un journaliste suisse, Georges BAMBERGER, découvre DUNANT à Heiden en 1895 et rappelle son existence au monde. Aussitôt les visites, les témoignages, les secours, les distinctions affluent parfois signées de mains royales. C'est seulement en 1901 qu'il reçoit, avec le Français Frédéric Passy, le prix Nobel de la paix.
. Dès lors, non seulement l'existence de DUNANT redevient indépendante, mais il pourra de nouveau se montrer généreux dans son testament en faveur de sociétés philanthropiques. Le
30 octobre 1910. DUNANT mourut à l'asile de Heiden âgé de 82 ans.