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LE Problème Spécifique
DU MARCASSIN
Depuis les trente dernières
années, les populations de sangliers ont augmenté d’une façon
exponentielle sur le sol français. De 36.000 sangliers tués en 1974,
nous sommes passés à plus de 320.000 actuellement, soit presque dix fois
plus. Ces chiffres spectaculaires servent souvent d’arguments au monde
de la chasse pour démontrer à l’opinion publique et à ses opposants
que l’activité cynégétique n’est pas destructrice, puisque les
populations de grand gibier, loin de régresser, se développent bien. Au
premier abord, tout chasseur ne peut que se réjouir de cet état de fait.
Néanmoins, il existe aujourd’hui un double risque extrêmement grave,
tant pour l’espèce sus Scrofa que pour l’activité cynégétique
elle-même.
1.
- L’état de surpopulation irraisonnable et le décyclage
biologique dans lesquels se trouve le sanglier mettent gravement en péril
cette espèce à très court terme.
2.
- Le surcoût démesuré imposé à l’économie cynégétique par
les dégâts de sangliers aux cultures (250.000.000 F en intégrant les
frais de dossier) condamne à court terme la chasse à la banqueroute
compte tenu de la chute démographique incessante des chasseurs (perte de
45% de nos effectifs en 25 ans) .
A la lumière de ce constat, il est urgent d’en analyser les causes et
les solutions qui pourraient y être apportées. Nous nous proposons
d’exposer, ci-après, le cas spécifique de la gestion du marcassin. En
effet, cette catégorie d’âge, la plus difficile à cerner par les
statisticiens, est, au travers de l’historique récent de sa gestion,
celle qui pose le plus problème.
1.
LE STATUT DU MARCASSIN
Le marcassin est-il protégé en France ? Non ! L’a-t-il
été un jour ? Non ! Pourtant, demandez à brûle-pourpoint aux
chasseurs français si le marcassin est protégé. La plupart (surtout les
plus de 50 ans) vous répondent : Oui !
D’où vient cette idée ?
De l’art. R.224-7 du Code Rural (de 1972) qui stipule que :
« Afin de favoriser la protection et le repeuplement du gibier, le
préfet peut dans l’arrêté annuel, pour une ou plusieurs espèces de
gibier :
1°- Interdire l’exercice de la chasse de ces espèces ou d’une catégorie
de spécimens de ces espèces
en vue de la reconstitution des populations… »
Ce qui fut fait pour le marcassin d’une façon systématique dans tous
les départements depuis cette date.
Pourquoi ce texte ?
Il faut, pour comprendre, replacer les choses dans le contexte de l’époque.
Ø
1972
-
« Mai.68 »
n’est pas bien loin !
-
La société française
subit une mutation révolutionnaire dans ses mouvements de pensée.
-
L’écologie
politique connaît ses balbutiements.
-
La conscience
collective prend progressivement la mesure des notions
environnementalistes.
-
Un tout nouveau
ministère de l’environnement vient d’être créé.
-
La chasse vient de
passer de la tutelle de « l’agriculture » à celle de
« l’environnement ».
-
Dans l’esprit
collectif, les ressources naturelles entament une lente mutation du statut
de « ressources inépuisables » vers celui de « patrimoine
universel fragile ».
-
Tous ces
bouleversements placent alors la chasse, pour la première fois de son
histoire, au pied d’un nouvel écueil : sa contestation pure et
simple par une frange de la population française.
La
chasse française va réagir par des avancées substantielles (généralisation
du plan de chasse grand-gibier par exemple) mais aussi par un certain
nombre de mesures de circonstances comme le fameux art.R.224-7 du Code
Rural. Les conséquences de l’application de ce texte ne furent
certainement pas pesées à l’époque, car il arrangeait tout le monde.
En
effet, pour des raisons que nous analyserons plus loin, dès les années
70, les chasseurs furent confrontés à un phénomène nouveau pour eux :
les compagnies de sangliers comportaient couramment désormais, durant
toute la période d’hiver (donc de chasse), des marcassins très jeunes
et nombreux. Ce qui n’était qu’exceptionnel auparavant. Pour des
raisons culturelles datant d’une époque où la chasse était abordée
strictement sous l’aspect « sportif », et non pas « technique »
comme aujourd’hui, un vieux tabou voulait qu’on ne tuait pas un
« bébé … ». Les chasseurs ressentaient donc un
malaise devant le tir des marcassins. D’autre part, les opposants
naissants à la chasse dénonçaient plus facilement le tir d’un
« bébé » sanglier que d’un gros mâle hirsute.
La
mise en application de l’art. R.224-7 permettant aux préfets
d’interdire le tir du marcassin (en faisant de lui une catégorie
quasiment « protégée ») arrangea bien les chasseurs qui
virent de ce fait leur situation clarifiée au regard de cette situation
nouvelle. Ceci permettant de surcroît d’argumenter auprès des
opposants que l’on ne tirait pas des « bébés » sangliers !
Pourquoi la situation du marcassin changea t-elle au début des années
70 ?
L’espèce
sus Scrofa est biologiquement une espèce forestière par
excellence. Peuplant les forêts d’Europe depuis l’origine, on sait
que cette espèce n’a pas évolué depuis plus de 300.000 ans. Rien,
jusqu’ici, n’a jamais poussé le sanglier à s’éloigner des forêts
profondes. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, pourtant, un événement
sans précédent allait bouleverser pour la première fois la structure
biologique de sus Scrofa : la modification des méthodes
culturales en Europe, et particulièrement en France.
En
effet, l’exportation des méthodes culturales américaines sur le sol
européen, à compter de 1949 transforma fondamentalement le paysage français.
Bien que la surface forestière ne diminua point, bien au contraire, le
sanglier se trouva progressivement face à une possibilité nouvelle de
quitter durablement les forêts tout en restant à couvert, ceci grâce au
développement de la culture du maïs. A compter de cette époque, les
populations de sangliers peuplèrent de plus en plus les zones de plaines,
aidées en cela par les surfaces toujours plus étendues de maïs,
modifiant progressivement leurs habitudes alimentaires et
comportementales. Et là, intervient un phénomène biologique qui est à
l’origine d’un bouleversement fondamental opéré sur cette espèce :
la puissance énergétique du maïs grain, en agissant sur le cycle
hormonal, a modifiée les périodes de reproduction de l’espèce en réduisant
la durée de l’anoestrus chez la femelle.
L’anœstrus,
cette période de repos sexuel d’environ quatre mois ( août à
novembre) intervient chez la laie après la période d’allaitement. Il
permet de recaler l’espèce dans son cycle biologique normal en
repoussant l’œstrus des femelles en hiver pour faire naître les jeunes
en début de printemps.
Les
qualités hyper énergétiques du maïs grain, dès lors prédominant dans
le régime alimentaire de cette espèce, provoquent des chaleurs prématurées
chez la femelle en réduisant la durée de l’anœstrus. Les femelles,
toujours couvertes par un mâle, se retrouvent gravides à une période où
elles ne devraient pas l’être.
La durée de gestation étant ce qu’elle est, les jeunes naissent donc
beaucoup plus tôt en saison : en plein hiver. Et là, intervient le
dernier élément fondamental. Le sanglier jouit d’une particularité
que l’on ne retrouve pas chez toutes les espèces : la maturité
sexuelle chez la femelle est atteinte à un poids donné (35 à 40 kg)
et non pas à un âge donné. Les animaux étant particulièrement
« dopés » par le maïs, cela revient
à dire que les jeunes
femelles atteignent généralement la maturité sexuelle entre huit et
onze mois. Celles-ci étant déjà nées décalées en saison, elles procréent
elles-même en accentuant encore le décalage, leur propre descendance
amplifiant encore par la suite ce décalage. C’est ainsi que nous voyons
maintenant des femelles en chaleur toute l’année et des mises bas à
toutes les saisons. Quelques décennies plus tard, nous nous retrouvons
donc avec une espèce sanglier biologiquement totalement décyclée.
Ce
phénomène nous confronte, en exercice de chasse, à une situation contre
nature qui normalement ne devrait pas exister : la gestion du
marcassin en livrée. En effet, en cette période de l’année (novembre
à janvier), tous les jeunes devraient être au minimum « bêtes
rousses » et peser de 25 à 35 kg.
Les conséquences de l’application de l’art. R.224-7 du Code Rural.
En
« protégeant » le marcassin depuis le début des années
soixante dix, les chasseurs ont peut-être géré leur problème moral
mais ont dangereusement amplifié le phénomène de décyclage
biologique.
En
effet, en laissant systématiquement dans les battues la vie sauve à une
catégorie d’animaux qui normalement n’avait rien à y faire, pour
reporter le prélèvement sur les plus gros et les très gros, on a privilégié
les animaux décyclés au détriment de ceux qui ne l’étaient pas. Et
ceci pendant trente ans ! Résultat, cette catégorie ayant été
favorisée dans la reproduction, le décyclage biologique est
aujourd’hui la règle générale dans cette espèce. Et plus on protège
le marcassin pendant la période de chasse, plus on amplifie ce phénomène.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Si,
depuis quelques années, les départements où le tir du marcassin n’est
plus interdit, est en nombre croissant, le problème n’est pas pour
autant réglé.
En
effet, où que l’on se trouve, le tir du marcassin se heurte à deux écueils
majeurs :
-
Par manque d’information, une très grosse majorité des chasseurs français
considère encore le marcassin comme « protégé ».
-
Le tir à balle rend extrêmement difficile le tir d’un marcassin en
livrée alors gros et agile comme un lapin. De plus, sa petite taille tend
à décourager le chasseur qui considère « qu’il n’en a pas
pour son argent ».
Et
ceci, il est inutile de le nier !
Toujours
est-il que, même désacralisé par l’évolution de la réglementation,
le tir du marcassin rencontre toujours autant la répugnance des chasseurs
de grand gibier.
Conséquences de cette politique de gestion.
La
préservation arbitraire depuis plusieurs décennies, d’une catégorie
de spécimens qui auraient, au contraire, dû faire l’objet d’une
limitation prioritaire, a conduit à un rajeunissement anormal de l’espèce
sanglier qui se trouve désormais engluée dans une pyramide des âges
dangereusement large à sa base et plate à son sommet. Le décyclage
anarchique de la reproduction qui en résulte conduit toute tentative de
gestion à l’échec. En effet, la variation du taux d’accroissement de
cette espèce d’une année à l’autre, combinée à la préservation généralisée
et non fondée des jeunes provoque les surpopulations irraisonnables que
nous constatons aujourd’hui. Ce phénomène, dangereux pour l’avenir
de l’espèce, se double des conséquences des dégâts sur les cultures.
Ces groupes d’animaux, trop nombreux et trop jeunes, sont sujets aux
comportements instables, aux déplacements anarchiques, au regroupement
contre nature, par manque d’expérience.
Imaginons,
l’espace d’un instant, la France exclusivement peuplée et dirigée
par des jeunes de moins de quinze ans… Bonjour les dégâts !
Situation actuelle.
La
pseudo-gestion actuelle du sanglier en France relève, dans le meilleur
des cas, du manque de clairvoyance, et dans le plus mauvais, du manque de
courage politique. Les décideurs cynégétiques actuels auraient tort de
prendre ce problème à la légère. Il en va de l’avenir de la chasse.
Bien sûr, il n’est pas facile d’expliquer aux chasseurs que l’on
s’est gravement trompé, surtout quand, le petit gibier s’étant raréfié
dans le même temps, la solution de facilité a souvent consisté à le
remplacer par… le sanglier ! Mais aujourd’hui, la situation est
d’urgence, et continuer de prétendre que l’on sait maîtriser les
populations de sanglier par l’application d’un plan de chasse compliqué
basé sur un comptage irréalisable est pure folie et relève de
l’irresponsabilité.
Pourquoi tirer en priorité le marcassin ?
-
L’art. R.224-7 met en avant la … « reconstitution des
populations… » Ce texte, qui date de trente ans, est totalement
obsolète en ce qui concerne le sanglier. Cette espèce est désormais en
surpopulation dans un grand nombre de départements.
-
En ce qui concerne les états d’âmes de ceux qui prétendent qu’il
n’est pas bien de tirer des « bébés », il faut se poser la
question du bien fondé de la sensiblerie dans les notions de prédation.
Le chasseur a pour rôle de se substituer au mieux aux super prédateurs
disparus, et l’équilibre veut qu’il faille prélever en majorité
dans les classes d’âge des plus nombreuses, c’est à dire les jeunes.
Le chasseur doit assumer son statut dicté par la loi naturelle.
-
« Protéger » le marcassin dans les départements où le
sanglier est classé nuisible revient à travailler sur les bases d’un
statut juridique absurde : « l’animal protégé nuisible… ? ».
-
Les surpopulations non maîtrisées de sanglier sont en grande partie dues
à la préservation du marcassin qui provoque :
·
Un décyclage
biologique du sanglier
·
Un déséquilibre
des classes d’âges
·
Une reproduction
anarchique et imprévisible
·
Des aberrations
comportementales de l’espèce
·
Une entrave à
l’efficacité de l’acte de chasse.
Dans
son sens stricte, la protection sous quelque forme que ce soit du
marcassin n’a plus aucun sens aujourd’hui.
- C’est dépassé
quant aux objectifs de protection.
- Anachronique
quant aux mentalités (tabou).
- Sans valeur
juridique quant à l’aspect réglementaire (protection d’une espèce
en surnombre et provoquant des dégâts).
- Désastreux
pour l’avenir de l’espèce sanglier.
- Dangereux
pour l’avenir de la chasse et de ses finances. etc.…
Solutions proposées.
Contrairement
au discours officiel (et autorisé…) la situation du sanglier en France
est très préoccupante. La réduction numérique semble s’imposer comme
une priorité. Les bases d’une gestion plus rationnelle et réaliste que
celle d’aujourd’hui semblent devoir être étudiées ensuite.
Ø
A court terme.
·
Désacraliser le
marcassin.
·
Informer les
chasseurs sur la situation réelle du sanglier en France et sur la nécessité
de tirer le marcassin en priorité, donc de changer les mentalités.
·
Etudier sans
complexe les méthodes pour être le plus efficace à cet égard.
·
Instituer dans les départements
à problème des battues administratives spécifiques en septembre et
octobre, sous contrôle d’un louvetier, où seul le tir du marcassin
sera recherché et le tir à plomb autorisé.
Ø
A long terme.
·
Simplifier la
gestion du sanglier et sa chasse.
·
Porter la préservation
de l’espèce sur les gros et enlever toute restriction de tir en dessous
de 60 kg.
·
Cesser
d’encourager le développement intensif du sanglier pour palier au
manque de petit gibier.
·
Tendre
progressivement vers l’interdiction de l’agrainage.
·
Sanctionner financièrement
les départements et territoires qui persistent dans des politiques à
risque de gestion du sanglier.
·
Gérer le sanglier
en fonction des impératifs biologiques de l’espèce, et non en fonction
des intérêts financiers du monde cynégétique.
CDG
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