Voyage
aux sources de l'écriture et de la naissance de l'alphabet
Égypte pharaonique et Syrie antique
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par Ali Hamadache - juin 2004
En mai et en octobre, accompagnés d'un égyptologue, nous avons effectué deux séjours en Égypte et en Syrie, organisés par l'institut « Khéops-égyptologie » et une agence spécialisée dans les voyages culturels au Moyen-Orient. Berceau de civilisations millénaires, ces deux pays abritent un patrimoine historique, culturel et archéologique d'une richesse prodigieuse. Deux civilisations, l'Égypte pharaonique et la Mésopotamie, qui ont inventé l'écriture presque simultanément il y a plus de cinq millénaires. Deux pays qui appartiennent certes à la même communauté culturelle et linguistique, mais, en dépit d'inévitables similitudes, héritiers de deux civilisations aux traditions spécifiques, avec leurs peuples, leurs panthéons et leurs sanctuaires.
Deux pays qui offrent le même charme du voyage en Orient, avec les couleurs et les senteurs d'épices, de jasmin et de narguilé des souks du Caire (Khan-El-Khalili) comme de Damas (Hamidiyé),… Le premier voyage était axé sur la découverte approfondie des nombreuses nécropoles antiques (pyramides et mastabas) de l'ancien et du moyen Empires, situées à l'ouest du Caire: plateau de Giza, site de Saqqarah, temples solaires de Nioussérê et Ousserkaf à Aboughourob, pyramides de Nioussérê et Sahourê à Abousir, vestiges de Memphis, nécropoles à Dahchoûr et Maïdoum, sites du Fayoum, pyramides d'Hawara, El-Lahoun et El-Licht, entre autres.
Le second voyage était consacré aux écritures et langues qui furent employées dans la Syrie antique, étant aussi l'occasion d'une initiation à certaines d'entre elles (sumérien, akkadien, ougaritique, phénicien et palmyréen) et d'une information sur la genèse de l'alphabet. Le circuit nous a offert une découverte de la Syrie, de Damas à la vallée de l'Euphrate, en passant par Alep, visitant Ougarit (ville ayant donné le premier alphabet écrit dont nous avons une trace historique certaine), des mosquées prestigieuses (souleymaniyé et ommeyades), Apamée et son cardo, Palmyre (perle du désert syrien), Bosra et son théâtre, Chahba et ses mosaïques romaines, les châteaux forts des croisés et la forteresse de Saladin, des monastères et cathédrales (St Siméon le stylite, Tartous, St Serge, ...), Qadesh (lieu de la célèbre bataille entre Ramsès II et les hittites), etc.
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Ces voyages me donnent l'occasion de présenter, très sommairement certes, quelques-uns des aspects essentiels de l'apparition et l'évolution de l'écriture et de la naissance de l'alphabet. Les cunéiformes inventés en Mésopotamie et les hiéroglyphes imaginés en Égypte ont servi d’abord à un besoin pratique, comptable ou cadastral, notamment pour la gestion des domaines et les échanges. Monopolisée par une caste privilégiée, les scribes, l’écriture a d'abord été pictographique (traduisant des réalités concrètes.), puis idéographique, quand les signes ont évolué vers l'abstraction pour exprimer des idées, leur sens ne pouvant être deviné mais appris Le système hiéroglyphique comportait cependant vingt-quatre signes simples, d’une seule consonne, jouant le rôle de compléments phonétiques pour tous les autres signes. Quant aux scribes mésopotamiens qui utilisaient les cunéiformes, ils tentèrent de les simplifier de plus en plus grâce aux signes phonétiques. D'où l'apparition, dans une première étape, de systèmes syllabiques où les signes transcrivent des phonèmes (phonogrammes). Le système graphique est ainsi passé de «l'écriture de choses » à « l'écriture de mots ». On va encore simplifier l’écriture en isolant les consonnes qui constituent alors un ensemble restreint de signes exprimant les sons élémentaires du langage (entre 20 et 50). On a alors un système abstrait, qui relève d'une convention : il n'y a pas de lien entre le sens du texte qui est écrit et sa réalisation graphique, ce qui fait qu'il peut être utilisé pour écrire n'importe quelle langue |
C'est vers la seconde moitié du deuxième millénaire avant
J.-C., qu'apparaissent l'alphabet cunéiforme d'Ugarit (Syrie actuelle), composé
de 30 signes et l'alphabet linéaire de Phénicie (Liban actuel) de 22 signes
consonantiques.
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Alphabet d'Ougarit
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Ce dernier va se différencier pour s’adapter aux dialectes sémitiques de la région et aux langues indo-européennes : sud-arabique (qui a évolué vers l'éthiopien classique, puis l'amharique), punique libyco-berbère (qui a évolué vers le tifinagh des touareg), araméen (à l'origine de l'hébreu dit carré et, à travers le nabatéen, de l'arabe, du turc, du perse ainsi que, à travers le brahmi, vers les écritures de la péninsule indienne, d'Asie du Sud-est et du monde indonésien).
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Les Grecs ont également adopté l'alphabet phénicien, mais en opérant un changement fondamental : l'utilisation des voyelles. C'est cet alphabet grec qui est à l’origine des alphabets géorgien, arménien, copte, cyrillique, et, à travers l'alphabet étrusque, de l’alphabet latin, qui, répandu par les Romains, va conquérir le monde méditerranéen et l'Europe de l'ouest, générant de nombreux systèmes alphabétiques dans le monde.
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Ainsi, les
hiéroglyphes d’Égypte, en évoluant
vers des formes cursives plus simplifiées et moins figuratives (le hiératique
et le démotique), ont inspiré, vers 1500 avant JC, l'alphabet protosinaïque (30 signes à allure
hiéroglyphique). C'est ce dernier qui a conduit à l'alphabet phénicien, lequel a évolué vers l'écriture araméenne (source de l'hébreu et, via le nabatéen, de l'arabe) ainsi que vers l'écriture
grecque (source, à travers l'étrusque
et le latin, des alphabets modernes
européens).
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Article paru dans "liens", bulletin de l'association des
anciens fonctionnaires de l'Unesco – N° 88 – avril -juin. 2004