L'Afrique
et la naissance de l'écriture
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Bien
que berceau présumé de l'humanité, l'Afrique est qualifiée par certains
observateurs de "continent sans écriture". C'est
oublier que c'est là (peu après les cunéiformes en Mésopotamie))
que sont nées, en certaines de ses régions, des écritures réputées
être parmi les plus anciennement inventées sur la terre. Ainsi, les
hiéroglyphes d’Égypte, en évoluant vers des formes cursives
plus simplifiées et moins figuratives (le hiératique et le démotique),
ont inspiré, vers 1500 avant JC, l'alphabet protosinaïque (30
signes à allure hiéroglyphique). C'est ce dernier qui a conduit à
l'alphabet phénicien, lequel a évolué vers l'écriture araméenne
(source de l'hébreu et, via le nabatéen, de l'arabe)
ainsi que vers l'écriture grecque (source, à travers l'étrusque
et le latin, des alphabets modernes européens). C'est
là également que se développèrent dès l’Antiquité d’autres systèmes,
alphabétiques ou syllabiques, comme les écritures libyco-berbères
sur la bordure méditerranéenne dont les inscriptions remontent à plus
de 2500 ans et l'écriture éthiopienne en Afrique de l’Est.
Cette dernière, remontant au IVème siècle avant JC, issue
de l'alphabet consonantique sud-arabique ancien et comportant 182
signes dérivés de 26 caractères de base, a servi à transcrire le guèze
(langue du royaume de l'Aksoum, puis langue sacrée), le tigrinya,
le tigré et l'amharique. Sans compter ladiffusion
de l'écriture arabe, à partir du VIIème siècle,
en Afrique du nord et dans les régions sahariennes, soudanaises et
nigériennes islamisées. Parce
qu'elles sont moins familières et moins étudiées, les écritures
libyques méritent une attention particulière (elles tirent leur
appellation du mot "Libye", nom donné par les Grecs
à la partie de l'Afrique allant de l'Atlantique au Nil). La plupart
de ces langues demeurent encore indéchiffrables, leur pratique ayant
disparu au Vème siècle.
système
dont il a tiré un alphabet de 80 caractères et dont s'est inspirée
la langue bagam (Bamileke) pour établir, en 1917, son propre
syllabaire de 100 signes. En Afrique de l'est, en 1930, un alphabet
somali de 22 consonnes et 5 voyelles brèves fut imaginé par
Isman Yusuf, fils du sultan Yusuf Ali, remplacé aujourd'hui par l'arabe.
D'autres systèmes de transcription cités pour mémoire : les alphabets
bassa "vah" (30 caractères et 5 signes diacritiques,
1920) et Gola (30 caractères, 1930) en Sierra Leone et au Libéria
; les alphabets mandingue (25 caractères et 8 signes diacritiques,
1950), wolof (25 caractères et 7 signes diacritiques, 1960),
guerze et fula (39 caractères, 1958) en Guinée, Sénégal
et Mali ; le Gouro en Côte d'Ivoire ; les alphabets nsibidi
des Ibo, yoruba (sacré) et ibibio-nefik (34
caractères, 1930) au Nigeria. Mais,
l'inventeur le plus connu (et aussi le plus médiatisé) est l'ivoirien
Frédéric Bruly Bouabré, créateur, en 1956, de l'alphabet bété,
fait de 449 pictogrammes et calligrammes, découvert et publié par
Théodore Monod en 1958 et qui fut appelé le "Champollion africain".
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